|
LA VIE DE GRAND-PERE RAYNAL Par Philippe Gautreau ; d'après les documents de famille, les écrits de son père Jean et de son grand-père Guillaume Gautreau (petit-fils et filleul de Guillaume Raynal). 1837 * LE FILS DU FORGERON * Guillaume Raynal, "Grand-père Raynal" comme on le surnommait ensuite, naquit à Sainte-Marie, petit village du Cantal. Son père Jean, forgeron du lieu, et sa mère Elisabeth Biron habitaient une maison déjà ancienne à l'entrée du bourg, sur la route en direction de Pierrefort. C'est là que le petit Guillaume vint au monde un vendredi 16 juin 1837. Premier enfant d'une fratrie de cinq, il passa une jeunesse assez rude, devant aider au dur labeur de son père qui exerçait aussi comme cultivateur. Vers l'âge de treize ans, il fut embauché chez son oncle Biron et dans les fermes environnantes pendant que ses parents, avec le petit frère Pierre de deux ans, s'exilaient à Paris pour une dizaine d'années. Là-bas sont nés ses deux autres frères : Jean en 1850 et Désiré en 1856. Son oncle maternel, Pierre Biron, cordonnier-bottier au bourg, voulait lui transmettre son savoir-faire, comme il l'avait d'ailleurs lui-même reçu de son père Guillaume Biron, maître-cordonnier. Mais à l'époque, c'était un métier assez ingrat car on ne se faisait souvent payer qu'au bout de plusieurs années. En 1857, exempté du service militaire à cause de sa petite taille, Guillaume Raynal décida de monter à la capitale pour trouver du travail. |
Libre de tout engagement, ce petit mais néanmoins solide auvergnat souhaitait profiter de l'occasion pour prendre un peu d'avance en allant " faire fortune à Paris " comme on disait. Il pourrait ainsi revenir plus vite au pays, bâtir une nouvelle et grande maison à l'emplacement de celle trop vétuste de ses parents. Avant de s'élancer sur les routes, le jeune Guillaume attendit de pouvoir former un groupe de dix à quinze, avec d'autres jeunes des alentours qui souhaitaient aussi tenter l'aventure. Il était alors conseillé de voyager par petits groupes, pas pour faire la fiesta mais pour s'entraider et décourager d'éventuels maraudeurs. Le trajet s'effectuant à pieds, la route était longue et imprévisible. Guillaume Raynal parti ainsi, son petit baluchon noué au bout d'un bâton. Il emporta juste le minimum, un peu d'argent, un linge de rechange, une paire sabots en sus, et dans sa poche le mouchoir du pays brodé. La nourriture consistait en un morceau de lard, des saucisses et un peu de jambon fumé. En chemin on s'arrêtait à la moindre source pour boire dans ses mains. Le chapeau de cuir bouilli à larges bords le protégeait tantôt du soleil et tantôt de la pluie. Les gouttes d'eau semblaient glisser sur son large pantalon de velours, puis sur ses gros souliers cloutés vernis que lui avait confectionné l'oncle Biron. Il ne savait pas encore qu'il s'absentait pour trente longues années. Arrivés à Nevers, ceux qui étaient fatigués ou malades, et qui avaient un peu de pécule, pouvaient prendre la diligence jusqu'à Paris. Mais il n'y avait pas des départs tous les jours et la plupart poursuivaient à pieds. |
A cet endroit du parcours, il était conseillé d'éviter de se rendre chez un coiffeur-barbier. Celui-ci exerçait près d'une auberge où l'on mangeait de la "trop bonne viande". Beaucoup de voyageurs esseulés, qui n'ont pas atteint Paris, auraient mystérieusement disparu après un arrêt chez cet inquiétant barbier. 1857 * LE PORTEUR D'EAU DE BELLEVILLE * Cette année 1857, Guillaume Raynal atteignit enfin la capitale après trois semaines de marche par les grands chemins et les petits raccourcis. Il fut reçu par ses parents, ses trois frères, son oncle Pierre Raynal et par pas mal d'amis déjà en place. Le nouvel arrivant se mit de suite à plusieurs petits métiers de mains. Travailleur robuste, il finit par trouver une place comme porteur d'eau à Belleville. Son secteur se situait à cheval sur le 19ème et le 20ème arrondissement. Les journées de travail dépassaient les 14 heures. Chargé de ses deux seaux pleins au bout d'un joug, Guillaume Raynal annonçait son passage en criant "A l'eau !". Les clients l'appelaient des fenêtres. Chaussé de ses sabots, il montait alors les étroits escaliers de bois en prenant soin de ne pas renverser et percevait de 5 à 10 centimes selon les étages. Certains de ses clients s'abonnaient à la semaine, d'autres au mois. La plupart avaient dans leur logement, une petite fontaine en grès ou en cuivre contenant environ deux volumes de seaux d'eau. Sur ces réservoirs, un ou deux robinets filtraient l'eau pour la rendre meilleure. |
|
| Portraits d'antan | Retour début | ||