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Inlassablement , Guillaume Raynal faisait les allées et venues à la Fontaine de Belleville, Place des Fêtes, reprenait la queue où les seaux de fer-blanc vides attendaient pour le remplissage. Il y avait beaucoup de porteurs d'eau. Hormis les courbatures aux épaules et le mal de dos inhérents à ce travail de force, l'eau froide et les éclaboussures rendaient l'ouvrage davantage pénible et dangereux en hiver. Cinq années durant notre porteur d'eau supporta son labeur. Il mit ainsi quelques piastres de côté et, l'âge aidant, songeait à se recycler, surtout en vue de son mariage prochain avec une jeune fille originaire du Nord, Nathalie Duretz. Il avait alors 25 ans et elle 24, nous étions en 1862. Cette année-là son père, Jean Raynal, s'était aussi remarié en Auvergne avec une femme du pays, sa première épouse étant décédée trois ans plus tôt dans sa maison à Sainte-Marie. 1872 * LES FOURNEAUX RUE DE LA MICHODIERE * Guillaume Raynal fut ensuite charbonnier puis fruitier, rue du Pré, sur ce même 19éme arrondissement. Il tenait avec Nathalie une petite boutique bien achalandée en fruits à saveur âcre, tels que aulx, oignons, échalotes, cresson, cerfeuil, etc … Il parcourait aussi les rues en criant ses marchandises variées. Hélas, son épouse Nathalie décéda suite à une mauvaise grippe "l'influenza", à l'âge de 33 ans, le 21 mars 1871. De cette maladie, seulement deux personnes sur cinq en réchappaient. |
Elle fut enterrée au cimetière de Belleville, laissant deux jeunes enfants : Léon (8 ans), Marie (5 ans) mon arrière grand-mère.Un troisième enfant Clément décéda à moins de trois mois peu avant sa mère.Guillaume Raynal dû embaucher une aide en attendant de se remarier, l'année suivante le 10 décembre 1872, avec une amie de sa femme : Adèle Claitte. Aussi originaire du Nord, elle reprit donc les enfants et la boutique en mains. Le nouveau couple s'installa ensuite rue de la Michodière dans le 2ème arrondissement en tant que rôtisseurs. Ils préparaient des repas à consommer sur place ou à emporter. L'heure de pointe arrivait à midi. La clientèle se composait surtout de petites ouvrières du textile, mode et confection. On les appelaient les "midinettes". Les affaires marchaient bien. Les rôtissoires électriques n'existaient pas encore et il fallait tout faire cuire aux fourneaux. Un travail fatiguant auquel sa seconde épouse Adèle donnait plus qu'à son tour. Après la bousculade du midi elle s'occupait de rôtir les poulets sur commande pour les repas de famille. La viande de poulet coûtait cher à cette époque, on la réservait surtout pour les grandes occasions. L'après-midi Guillaume Raynal aimait à faire un tour à l'Hôtel des Ventes, ou à retrouver ses copains pour une partie de cartes au café. Son frère Désiré Raynal arriva sur Paris en 1883 à l'âge de 27 ans, accompagné de sa jeune épouse. Au pays, sept ans auparavant c'est elle, alors sa fiancée, qui avait tiré au sort son mauvais numéro pour le service militaire. Sept années dans la marine sur le bateau "ISERE". Désiré Raynal avait été gravement blessé par un des moteurs du |
bateau qui explosa. Il touchait une petite pension. Malgré un fort handicap, il travaillait maintenant avec ses deux frères Jean et Pierre comme cireur-frotteur pour l'entretien des parquets, dans les hôtels où chez les particuliers. Désiré se mit ensuite à son compte. La venue de ce frère correspond à l'année où Guillaume Raynal eut sa grave congestion cérébrale, à l'âge de 46 ans. Il resta entre la vie et la mort avant de pouvoir se reprendre au bout de plusieurs mois. Le grand-père en gardera des tremblements dans les mains. Le choc des retrouvailles ? Vingt-trois ans qu'ils ne s'étaient pas vu ! 1887 * RETOUR A SAINTE-MARIE * Quatre ans plus tard, en 1887, Guillaume Raynal décida de vendre la rôtisserie pour rejoindre son Auvergne natale. Trente longues années s'étaient écoulées. Il se sentait davantage libre maintenant ; sa fille Marie s'étant mariée l'année précédente avec un jeune chaudronnier-étameur, Henri Gautreau. Auparavant, celui-ci passait souvent à la boutique chercher des ustensiles à réparer. Les derniers temps il apportait aussi une rose à la jeune Marie, puis ce fut la demande en mariage. Le retour à Sainte-Marie du grand-père Raynal ne se fit pas sans réticence de la part de son épouse Adèle à qui il fallut beaucoup d'abnégation (de ce second mariage il n'y eut pas d'enfants). Elle aurait préféré rejoindre son pays du Nord plutôt que de s'en éloigner davantage.
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