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A Vicalvado, pendant la messe, on se moquait souvent de
cette toute petite vieille habillée de noir, avec une étrange coiffe blanche
auvergnate sur la tête.
Le 30 septembre 1923, un décret royal ordonne la destitution
des Alcades et conseils municipaux, afin de lutter contre la corruption. Sous
la surveillance d’un militaire, neuf conseillers intérimaires élisent Pedro
ESCARBASSIERE nouvel Alcade à l’unanimité.
Pierre assumera cette haute responsabilité jusqu’au 14
novembre 1927, où au plein de la
dictature de Primo de Ribera, il est destitué pour sa trop grande liberté.
L’examen de son action comme Alcade, au travers des
délibérations municipales, reste à faire, mais on a déjà noté que le 31
décembre 1926, il abandonne son allocation d’Alcade (1500 pesetas) au bénéfice de l’installation de fontaines
publiques dans le faubourg. Il a également milité pour la création d’écoles
pour les enfants des travailleurs.
En 1928, l’Espagne est de plus en plus agitée par des
mouvements populaires qui s’en prennent aux biens des étrangers. Son fils
Enrique aurait été mêlé à des manifestations à Madrid. Pierre précipite alors
son départ pour la France, en novembre/décembre de la même année.
Il était devenu propriétaire de nombreux terrains dans cette
commune agricole de Vicalvaro. En 1927 il partage ses biens entre ses deux
enfants, mais beaucoup de ces terrains restés à leur nom, ont été d’une
certaine façon abandonnés, à cause de la guerre civile, puis de la guerre
mondiale. Des personnes bien placées à la Mairie, profitèrent de la situation
pour s’en emparer, spoliant la famille ESCARBASSIERE. Une folle urbanisation
(3300 habitants en 1925, 40000 en 1997) faisant du village un arrondissement de
Madrid, donna à ces terrains de peu de prix, une valeur colossale …
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De retour en France, Don Pedro s’établit Rue du collège, à
Aurillac, et fait du commerce ambulant avec son fils. Celui-ci se marie en 1933
avec Philomène CONORT. Environ de 1938 à 1941, on les retrouve vivant tous les
trois à Conros comme gardiens du château. Pierre s’y occupera à soigner et
remettre sur pieds, les chevaux militaires blessés ou traumatisés durant la
guerre, tandis que son commerce périclitera face aux difficultés
d’approvisionnement et au manque de carburant.
En 1941, ils vont s’installer comme gardiens du terrain
d’aviation de Tronquières, toujours à Aurillac, et utiliseront cet endroit
isolé pour abriter et cacher de nombreux résistants et leurs armes.
C’est là qu’au début de 1945 Pierre ESCARBASSIERE se fait
griffer à la main gauche, par l’ergot d’un coq qu’il tuait pour les besoins
familiaux. Il décéda du tétanos à son domicile, le 20 Avril 1945, et fut inhumé
au cimetière d’Aurillac.
Ainsi s’achève la vie étonnante de Pierre ESCARBASSIERE,
certainement le seul français à avoir été Alcade d’une commune espagnole, et
qui laisse aujourd’hui encore à Vicalvaro, le souvenir d’un Don Pedro ayant
beaucoup oeuvré pour le bien du village.
(nous remercions sa petite fille Colette ESCARBASSIERE
épouse de Jacques GODEFROY, auteur de ce texte et de cette étude, de nous avoir
autorisé à le publier.)
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