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Louis Bonnet ne manqua pas
d’utiliser à des fins politiques, les retombées bien méritées, de cette
réussite. Quelques critiques ne manquèrent pas de naître cependant, auprès
des candidats au voyage : certains ne comprenaient pas pourquoi ils devaient
accepter tel itinéraire, plutôt que d’arriver directement chez eux, d’autres
auraient préféré une autre Compagnie. Un compatriote demanda un jour, si les
trains spéciaux avaient un fourgon pour les chiens ; la Compagnie
l’accorda, mais sans réduction !Il va sans dire que ces voyages
n’offraient que des wagons de deuxième et troisième classe. Mais pourrait-on
penser que des auvergnats estiment justifié de faire la dépense d’une première,
que d’ailleurs leur condition sociale ne leur permettait pas ?
A la date annoncée, Léon s’était
donc rendu au journal, boulevard Beaumarchais, sans trop savoir. Il y avait un
chahut indescriptible. L’escalier était envahi, le bureau pris d’assaut. des
vitres avaient été cassées et avec le personnel, le concierge avait été
molesté. 4000 billets avaient été vendus dans la saison. Il y avait plus de
demandes que de possibilité, et l’annonce au dernier moment, des horaires, ne
facilitait pas une réservation plus digne.
Il était parvenu à se frayer un
passage et maintenir sa place à grand peine. Il ressortit fort tard, plutôt froissé, mais le billet en poche, il l’avait
payé 230 francs en aller et retour de troisième classe. Encore lui avait-il
fallut montrer sa carte d’identité et son certificat de travail, car la fraude
allait bon train (elle aussi !) et des non régionaux achetaient parfois
des billets qu’ils revendaient avec un profit substantiel.
Léon se
revoyait dans le tohu bohu de la gare d’Austerlitz. Le quai était investi par
les compatriotes qui faisaient grand bruit, sous le regard réprobateur des
autres voyageurs, qui avaient cependant grand mal à cacher leur curiosité. Ca
criait, ça courait, ça bourdonnait, ça se prenait les pieds dans les paquets,
croulant sous les baluchons et les victuailles. Le patois se mêlait au
français, et l’on avait déjà un avant goût du pays natal.
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Il finit
par repérer son wagon : peint noir et vert, avec un marchepied tout du
long d’une seule pièce, de longues poignées en cuivre aux portières marquées
d’un III doré distinguant la classe. Les marches étaient hautes et les
portières lourdes et bardées de serrures de sûreté, il fallait se hisser à
l’intérieur.
Il n’y avait pas de compartiments.
Seules les banquettes, dos à dos, séparaient des groupes de quatre. Le dossier
était en bois, la banquette et l’appui têtes, en moleskine . Les portes
bagages communiquaient, au dessus des banquettes, et des valises enfoncées un
peu trop violemment, ne manquaient pas de basculer de l’autre côté, en retombant
de quelques kilos, sur le voyageur opposé. Les protestations en auvergnat,
étaient particulièrement rudes pour le maladroit! Au centre du plancher,
sous une plaque métallique, circulait le chauffage, généralement froid ou
brûlant. Une énorme ceinture de cuir, permettait de monter ou descendre les
vitres.
Le journal payait deux musiciens par
voyage, joueurs de cabrette. En attendant le départ, ils se déchaînaient pour
faire danser les plus jeunes. Plus tard, tout au long du voyage, durant les
longs arrêts nécessaires à la reconstitution des pleins d’eau et de charbon,
ils remettraient ça sur le quai, parfois dans la nuit …
Le train avait eu du mal à partir,
tellement il était long. Il s’ébranla lourdement chargé, les portières
claquèrent, les chapeaux et les mouchoirs s’agitèrent. Sur les quais, les
parisiens étaient ébahis, les employés de la Compagnie plus encore : ils
n’avaient jamais rien vu de pareil.
De Paris à Aurillac, ce ne fut que
chants, rires, et propos égrillards. Pas d’autres arrêts que ceux nécessaires
pour refaire de l’eau pour la machine, tandis que les voyageurs en profitaient
pour descendre et faire le contraire…
(suite
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