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Une fois arrivé au pays, le train
s’arrêtait dans chaque commune traversée. Ceux qui descendaient, un peu
engourdis, était alors partagés entre le regret de quitter les amis du voyage,
et l’excitation de respirer l’air du pays et de retrouver les siens. Les
bagages étaient passés par les fenêtres, avec l’aide de ceux qui restaient.
Ceux là, poursuivant leur chemin,
avaient maintenant les vitres ouvertes. Nez au vent, le visage cinglé par le
froid du matin, bravant les escarbilles, ils profitaient des courbes de la
voie, pour regarder la machine s’époumoner toutes bielles en action. Parfois un
paysan soulevait son chapeau pour répondre au salut des voyageurs. L’air vif de
la montagne chassait les miasmes de la nuit, la chaleur humaine et les relents
des détritus jonchant le plancher.
Beaucoup de voyageurs descendaient à
Aurillac, mais peu étaient de la ville, et comme Léon, ils se répandaient en
hâte hors de la gare, pour trouver place dans les autocars et poursuivre leur
voyage jusqu’à Montsalvy, Entraygues, Mur de barrez ou Laguiole.
Léon sortit de sa rêverie. Tout ça
c’est du passé. Il est dans le train du retour et on ne peut pas dire que
l’ambiance est aussi joyeuse. Après avoir longuement et soigneusement roulé sa
cigarette, il mouilla le papier maïs dans un aller retour de la langue, et
l’alluma, la tête penchée et les yeux mi clos, pour éviter la longue flamme du
briquet (les auvergnats ont le sourcil
broussailleux !)
Un compagnon le poussa du coude en
lui lisant une nouvelle locale parue dans un journal auvergnat :
« - eh le Cantalou, écoute un
peu ça : - Le 9 mars, Besombes glissa sur la glace et se fractura la jambe
droite. La fracture a été réduite à l’hôpital d’Aurillac » et il ajouta dans un rire
sonore : « - tu vois, on va encore dire que les auvergnats cherchent des
réductions partout ! »
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Puis content de lui, il tira son
panier de sous la banquette et des odeurs de victuailles réveillèrent l’appétit
de tout le wagon. Tous sortir leurs provisions. Puis l’un d’eux entonna une
chanson du pays, en patois, et tous les autres lui donnèrent la réplique. A les
voir manger, boire, rire et chanter, on se serait cru dans une auberge. Enfin le
sommeil vint à bout des plus endurcis et chacun s’endormit dans son coin.
Sous la lueur blanchâtre du
plafonnier, Léon ouvrait l’œil parfois, puis après avoir perçu le ronflement de
ses compagnons, se rendormait, bercé par le bruit régulier des roues sur les
rails.
Lorsqu’il s’éveilla tout à fait, une
ombre grise couvrait les vitres du wagon. Tout le monde debout, manipulait ses
colis. Il comprit que Paris s’approchait et un mélange de mélancolie et
d’espoir lui étreignit le cœur. Cette fois il lui fallait redevenir parisien.
Dans le vacarme renouvelé du passage
des aiguillages, le train semblait se ralentir. Puis il finit sa course
brutalement dans un grincement de ferraille. Sur le quai les employés
s’affairaient en criant « Paris, tout le monde descend ». Les
portières se déployèrent et il se laissa porter par la cohue..
Hors de la gare, un taxi se hasarda
à lui lancer ; « - où voulez vous aller ? » « - chez
Dondrille ! » lui répondit-il en riant.
Marcel Andrieu
(d’après informations diverses et relevées
aux archives du journal)
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