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Mais l'auvergnat pensait plus que tout à rebâtir une nouvelle maison, assez grande pour loger toute sa famille, et pour montrer aux amis d'Auvergne "qu'il n'était pas monté à Paris pour rien". Adèle vécut d'autant plus mal cette situation qu'elle se trouva confrontée aux petites jalousies d'autres femmes du village, sans arriver à en faire abstraction. Après quinze années passées à Sainte-Marie, elle décède le 3 septembre 1901. Son corps repose dans le petit cimetière du village, à quelques pas de la nouvelle maison, à 700 kilomètres de son village natal. Guillaume Raynal fut un peu déçu à son retour au pays, ses anciens voisins étaient décédés ou partis ailleurs. Il n'avait pas vu grandir la nouvelle génération. L'ancienne maison de famille laissait place à une immense bâtisse. Certaines pierres de taille étaient réutilisées. Guillaume Raynal fit venir douze ouvriers qualifiés, des compagnons du tour de France : charpentiers en poutres et parquets, tailleurs de pierres, menuisiers et maçons. C'est Adèle qui cuisinait pour tout ce petit monde. La construction a duré plus que prévu. Grand-père Raynal ne lésinait pas sur les marchandises. Les murs furent d'une bonne épaisseur et s'élevaient sur deux étages, plus le grenier. La maison fut bien avancée quand on s'aperçut qu'il manquait les escaliers. Guillaume Raynal qui avait tenu à faire lui-même les plans, avait tout simplement oublié d'inclure les escaliers ! Qu'à cela ne tienne, on fit une rallonge à la maison sur le jardin. Un escalier extérieur très large et très épais, avec un bon palier à tous les niveaux qui |
comportait des rangements tout en chêne. Par la suite cette maison s'avéra difficile à chauffer l'hiver. Les ouvriers étaient payés 0.75 francs la journée, le contremaître 2.25 francs. La maison revint à 56785 francs en l'année 1888. * LE RENTIER DU BOURG * Guillaume Raynal acheta une vache ainsi qu'un cheval avec sa carriole. Il construisit un bon entourage au jardin avec de solides piquets en gros fers carrés, scellés au soufre dans des troncs, planta cinq cerisiers. Au milieu du jardin il fit un potager et, ayant pu se procurer du sable non loin, se lança dans la culture des asperges. Dans la région ce fut une innovation pour laquelle il obtint le Mérite Agricole. On venait d'assez loin pour admirer dans sa maison une autre nouveauté, très rare dans les campagnes à cette époque ; c'était sa baignoire-sabot tout en zinc, assez haute mais pas très longue ni très large. Grand-père Raynal ne fumait pas. Par contre c'était un grand priseur, une à deux tabatières pleines chaque jour. A la sortie de la messe de dix heures il en offrait à ses amis puis, ensemble, allaient au café d'en face pour se raconter les dernières nouvelles autour du ballon de rouge traditionnel. Il n'y avait pas d'apéritif au village, on ne connaissait pas encore ça ici au début des années 1900. A l'église Guillaume Raynal avait sa place de réservée dans le renfoncement près de l'autel, à côté de celui qui chantait à la messe. Il était fier quand ses petits-fils venaient se placer à côté de lui. Et même là, grand-père continuait de priser à temps régulier. |
Sur l'un des rares terrains bien plats de la région il planta une forêt de pins, biens alignés, sur un hectare pour servir de futur bois de chauffage. Au bord du chemin qui monte à la Croix de Fer en haut de la montagne, l'infatigable retraité mit plus de deux années à construire un mur en pierres sèches très solide. Hélas au fil des saisons il fut abîmé. Certains prenaient les pierres pour caler les roues des chars à bœufs, dans la montée, en allant épandre le fumier sur les champs là-haut. Il sortait rarement son chapeau haut-de-forme pliant rangé soigneusement dans sa boîte en carton. Seulement pour les grands évènements ou quand sa fonction de conseiller municipal lui en donnait l'occasion. A la guerre de 1914 il prit le poste de maire par intérim, mais son grand âge ne lui permettait plus de trop bouger ni de trop écrire, surtout avec les tremblements de ses mains. C'est la secrétaire qui se chargeait alors de la totalité du travail. Les derniers temps, il ne pouvait plus payer sa bonne. Sa fille Marie lui envoyait de l'argent pour qu'il puisse la garder. On n'a jamais vu le grand-père se faire cuire un plat tout seul : un comble pour quelqu'un qui avait fait sa fortune en vendant des plats préparés. Grand-père Raynal s'éteignit en sa maison de Sainte-Marie le 26 juin 1927, quelques jours après son 90ème anniversaire. Dans grande maison dont il aura profité une quarantaine d'années après son retour au pays ; réalisant ainsi son rêve, celui de tant d'auvergnats. |
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